Sur les traces de l'abbé Picard : Une visite chargée d'émotion à Vuisternens-en-Ogoz
2 juillet 2026 - par Clément Rossi, Président
Les 19 et 20 juin 2026 resteront des dates mémorables, d'une part pour notre communauté chrétienne de Vuisternens-en-Ogoz, et d'autre part pour l'Association Chapelles. Nous avons eu l'immense honneur et le bonheur de recevoir la visite des descendants de la famille de l'abbé Eugène Picard, l'initiateur et le bâtisseur de notre chère chapelle de Notre-Dame de la Salette.
Un pèlerinage mémoriel empreint d'une profonde émotion.
C'est un véritable pont entre le passé et le présent qui s'est dessiné lors de ce week-end de juin. Léa (arrière-petite-nièce de l'abbé Picard), accompagnée de sa maman Marie-Noëlle et de la sœur de cette dernière, Alice, ont fait le déplacement jusqu'à Vuisternens-en-Ogoz. Pour ces visiteuses d'un jour, découvrir « la fameuse chapelle de l'oncle Abbé » — affectueusement appelé « Tonton de Suisse » par Marie-Noëlle et Alice — a suscité de vives larmes de joie et une profonde gratitude face à l'accueil chaleureux que leur ont réservé les membres de l'Association Chapelles.
Grâce aux précieux souvenirs partagés par la famille, nous en apprenons aujourd'hui davantage sur les racines de l'abbé Picard, de son vrai nom Eugène MOINE PICARD.
L'arbre généalogique familial nous révèle qu'Eugène avait deux frères : Alphonse et Joseph. C'est de la branche d'Alphonse que proviennent nos hôtes. Alphonse a eu deux filles : Léa et Clémence. Cette dernière, Clémence MOINE PICARD, épousa un certain Léon MOYNE PICARD. Une amusante coïncidence orthographique, l'arbre familial gagnant un « Y » au passage sans pour autant qu'il y ait de lien de parenté direct ! De leur union sont nées deux filles : Marie-Noëlle MOYNE PICARD (aujourd'hui Marie-Noëlle BILLON) et Alice MOYNE PICARD (nom de mariée COUTURIER), qui nous ont fait l'amitié de leur présence.
Pour comprendre l'émotion de la famille, il faut se plonger dans l'histoire de ce prêtre visionnaire. Né dans le Dauphiné (France) en 1880 et ordonné en 1904, l'abbé Eugène Picard était missionnaire de Notre-Dame de la Salette. C'est en 1933 qu'il est nommé curé de la paroisse de Vuisternens-en-Ogoz, une mission qu'il honorera pendant un quart de siècle, jusqu'en 1958.
En 1947, habité par sa foi et son attachement au message de réconciliation de la Vierge Marie (apparue en Isère en 1846), l'abbé Picard formule un rêve audacieux : ériger un sanctuaire dédié à la Salette qui dominerait le village pour le placer sous sa protection. Porté par une incroyable ferveur populaire, soutenue par le Conseil paroissial et la commune qui cède un terrain en lisière de forêt face à la chaîne du Jura, le projet se concrétise.
Dès mars 1950, sous l'impulsion du curé Picard, c'est tout un village qui se retrousse les manches. Les paroissiens réalisent eux-mêmes les terrassements ; les artisans locaux offrent de leur temps (les charpentiers travaillant bénévolement les samedis après-midi) ; et les enfants de l'école vont ramasser un à un les cailloux dans le Gibloux pour façonner le pavage.
Malgré des interruptions dues au manque de fonds — l'abbé Picard dut notamment solliciter l'aide du Conseiller d'État Maxime Quartenoud et les jeunes du village durent jouer une pièce de théâtre pour financer l'autel —, le sanctuaire est inauguré en avril 1952 lors du tricentenaire de la paroisse. L'édifice, qualifié de « petit bijou », abrite des statues venues de France reproduisant fidèlement les scènes de l'apparition.
L'abbé Picard s'est éteint en 1964 à Fribourg, mais il repose à Vuisternens-en-Ogoz, au cœur de cette communauté qu'il a tant aimée. Aujourd'hui encore, sa chapelle demeure un lieu fort, un havre de paix face aux Préalpes fribourgeoises où les marcheurs s'arrêtent pour allumer une bougie, confier une peine ou simplement dire merci.
Inspirées par la beauté du lieu et l'accueil reçu, Marie-Noëlle, sa fille Léa et sa sœur Alice sont reparties plus motivées que jamais à l'idée de plonger dans les Archives de la Salette en France, afin de poursuivre leurs recherches et enrichir l'histoire de leur illustre aïeul.
Un immense merci à Léa, qui a organisé cette magnifique visite, ainsi qu'à toute la famille Moine Picard pour ce moment de partage historique et humain inoubliable.
Les portes de Vuisternens-en-Ogoz et de sa chapelle vous seront toujours grandes ouvertes !